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LA GESTION DU TEMPS N’EXISTE PAS!

La gestion du temps est une superstition qui continue de faire la joie des entreprises de formation. Cessez d’appliquer une bonne solution à un mauvais problème.

Une mine d’or pour les entreprises de formation

Les ateliers, programmes et sessions sur la gestion du temps et des priorités ont été et sont probablement encore les plus lucratifs pour les entreprises de formation. Depuis quelques décennies déjà, devenir plus efficace, faire plus avec moins et gérer son stress sont devenus des préoccupations universelles du milieu des affaires. Les dirigeants de partout ont donc cru que de développer les compétences des membres de leurs équipes à mieux gérer leur temps, leur permettrait de régler leurs problèmes de performance opérationnelle. Malheureusement, force est de constater que les formations en gestion du temps ne sont pas la panacée attendue et encore aujourd’hui promise par les intervenants du domaine.

L’erreur de base

Aux clients qui me demandent : « Michel, pouvez-vous nous donner un atelier sur la gestion du temps? », ma réponse est toujours la même: « Oui, mais ça dépend ». Pourquoi cette réponse? Parce que trop souvent, je vois cette quête incessante d’un remède à l’inefficacité être accompagnée d’un empressement à « régler » un problème qui n’est tout simplement pas le bon. Bien sûr qu’il est important de s’assurer que tous nos gens possèdent les principes de base de la gestion des priorités et maîtrisent les outils permettant de conduire à bien les tâches et responsabilités qui leur sont attribuées. Cependant, il est absolument primordial que les objectifs personnels, d’équipes et corporatifs de même que les attentes envers chacun, soient connus et compris de tous AVANT de diffuser une formation en gestion des priorités. Autrement, nous rendrons nos gens plus efficaces à accomplir certaines tâches qu’ils pourraient ne pas avoir à réaliser du tout. Chaque minute passée à ces tâches inutiles ou mal attitrées est une minute perdue à tout jamais, peu importe le niveau d’efficience atteint par la personne effectuant les tâches en question.

Les solutions temporaires

C’est pourquoi la plupart des programmes de gestion du temps sont si populaires, répandus et… sans effets durables. Les gens sont entraînés à devenir meilleurs pour accomplir de plus en plus d’activités à valeur ajoutée insignifiantes. Cette façon de faire transforme les employés et gestionnaires en personnes affairées, mais rarement productives à la hauteur de leurs talents et capacités. La productivité à court terme augmente, mais à la longue le symptôme du manque de temps ressurgit. La solution s’impose alors d’elle-même; procédons à la diffusion d’une nouvelle formation en gestion du temps, qui devra obligatoirement être meilleure que la précédente et le cycle se poursuit, faisant la joie des entreprises se « spécialisant » dans le domaine.

Pour en finir avec ce mythe

La solution définitive existe, mais passe par la destruction du mythe de la gestion du temps. Le temps ne peut être géré. Les seules choses qui peuvent l’être sont le choix des priorités sur lesquelles nous travaillons, notre capacité à adresser les interruptions et l’efficacité avec laquelle nous accomplissons chacune de nos activités. Le choix des priorités ne peut se faire qu’une fois les objectifs établis de façon limpide et les attentes communiquées clairement. Il est impossible de choisir nos priorités si nos objectifs sont obscurs ou vagues. Une fois cette étape accomplie, les priorités deviennent pertinentes. Seulement alors peut-on vraiment parler de gestion des priorités en relation avec les résultats et de véritable efficacité opérationnelle. Il revient donc à chacun d’être responsable de l’utilisation judicieuse du temps qui lui est alloué pour en retirer le maximum de résultats.

Il faudrait donc renommer les ateliers de gestion du temps en atelier de gestion de « moi », mais ça ne se produira pas, car cette franchise du portfolio des entreprises de formation est trop lucratif et cette nouvelle appellation en ferait un programme moins vendeur.

Michel St-Martin, spécialiste en performance